Les rêveries d'un promeneur solitaire

Oblivion

28 Août 2014, 14:00pm

Publié par Damien C.

Assis sur un banc par un jour de pluie, il regardait les enfants jouer dans le parc. Il avait espéré pouvoir passer son entière existence avec la personne qui était pour lui l’amour de sa vie. Il avait rêvé de cette petite maison au bord d’un étang dans laquelle ils auraient élevé leurs enfants. Il avait imaginé sa vie avec cet amour, imaginé à quoi ils ressembleraient après trente ou quarante de relation, imaginé leurs petits-enfants, imaginé tous les voyages qu’ils auraient fait. Quelle naïveté.

Aujourd’hui, lui le grand pragmatique avait fini par devenir un grand idéaliste et s’était brûlé les ailes tel Icare. Il s’était approché trop près du soleil et son amour avait volé en éclats. Il ne se serait jamais douté que tout cela pouvait se finir si brutalement, sans plus d’explications. Il passait ses journées à errer, dans les rues de la ville, à essayer de comprendre. Cela faisait désormais quinze jours qu’il venait s’asseoir sur ce banc à regarder ces enfants qu’il n’aura jamais. Quinze jours déjà, et cette souffrance innommable était toujours présente et lui déchirait le cœur.

Il avait sans doute trop idéalisé sa relation, et voyait dans son âme sœur un compagnon parfait. Un soir, en rentrant chez eux, il avait trouvé une lettre manuscrite sur son bureau. Chaque mot écrit était pire qu’un poignard. Jamais autant de larmes n’avaient déferlé sur ses joues. « Pardonne-moi de ne pas être cet être parfait à tes yeux. ». Il comprenait enfin les dangers de l’amour et la souffrance qu’elle pouvait infliger. Comment pouvait-il le pardonner après ce qu’il avait fait ?

Sans doute, la pire chose dans cette séparation fût la lâcheté de cette lettre. Pourquoi ne pas avoir pris le temps de trouver une solution ? Non, son amour de jeunesse avait préféré tout cacher et, n’en pouvant plus, avait préféré fuir. Il était égal à lui-même dans cette immaturité qui l’avait toujours caractérisée. Lâche, immature, menteur. Trop de défauts pour être aimé, et pourtant il était tombé dans ce piège infernal.

Dix ans passés main dans la main n’auront pas suffi à rassurer de sa mansuétude celui qu’il aime encore. Ils étaient ensemble depuis le lycée et ne s’étaient jamais quitté. Après une longue période à se faire accepter par sa belle-famille, ils avaient finalement décidé de se marier l’an prochain. Après dix ans, ils n’étaient pas trop naïfs de croire qu’ils resteraient à jamais ensemble. Et pourtant.

Aujourd’hui, au bord de la dépression, il devait commencer son travail de deuil, car, même s’il avait espéré son retour, il s’était fait une raison et il savait que leur relation était maintenant enterrée. Même s’il ne pouvait pas oublier les dix merveilleuses années passées ensemble, il devait tourner la page et surtout se tourner vers l’avenir. Cela serait dur de faire à nouveau confiance, et jamais plus il ne serait idéaliste, il vivrait simplement au jour le jour et profiterait de chaque instant.

Bien qu’il doive l’oublier, c’était cet oubli qui lui faisait peur. Même s’il doit désormais ne plus penser à lui, il a peur que tout ce qu’ils ont vécu ne disparaisse à jamais. Au fond de lui, il espérait qu’ils pourraient rester en contact et, pourquoi pas, rester amis comme ils l’étaient avant. Il ne pouvait se résigner à faire disparaître cet amour de sa vie.

Le seul obstacle était le silence et l’ignorance qui lui répondaient à chacun de ses messages. Ils ne s’étaient plus parlé depuis trois semaines, le lendemain de son départ. Il ne comprenait pas ce silence. Peut-être la honte ou la peur ? C’était ce qu’il méritait, mais il n’était pas obligé de se murer dans le silence.

Rien de bon ne naissait de la nostalgie et de la mélancolie. Il valait mieux faire face que de vivre dans l’espérance et les regrets. Le silence et l’ignorance devaient devenir réciproques. Il aurait préféré un au revoir, mais désormais ce n’était plus qu’un adieu. Un adieu à une vie rêvée, à un futur, à des projets, à un amour. Il était temps de quitter ce banc, de quitter ses enfants des yeux, symbole de tous les possibles. Le plus dur dans l’amour, ce n’est pas d’aimer, c’est d’apprendre à lâcher prise et à savoir oublier.

Désormais, il était seul face au monde. Personne ne pourra plus le conforter, le guider, l’aider. Il devait prendre ses propres décisions. La première était d’oublier. Après dix ans, le chemin serait long, mais il n’a plus le choix. C’était la première fois qu’il quittait ce parc en ne pensant plus à cette rupture, à son âme sœur perdue. Ses regrets et sa peine disparaissaient avec ce coucher de soleil qui symbolisait à jamais l’oubli de l’être aîmé.

© Crédits photographiques - Vivian Maier

© Crédits photographiques - Vivian Maier

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