Les rêveries d'un promeneur solitaire

Ecriture automatique #1

4 Août 2014, 21:19pm

Publié par Damien C.

Ecriture automatique #1

Gris.

Gris. Vert. Mélange inanimé, pourtant si vivant. Grimpant le long de ses rondeurs. Brasier de verdure bordant l’horizon si clair et si flou. Que peut-il espérer à la vue de ce segment infranchissable ? Ses rêves ne deviendront jamais réalité et partent déjà en fumée à leur simple pensée. Allongé dans cet écrin, paisible, il ne demande pourtant qu’à se relever. Comme abattu, il attend la mélodie de cet ange gris. Trompette aux lèvres, il s’approche, brouille la vue de l’astre doré, et transforme cette lumière blanche en ombre impénétrable. Tout s’efface. Rien d’autre ne lui vient à l’esprit que ce doux nom, qui peut pourtant être si cruel. Toujours prêt à bander son arc pour se défendre, le simple effleurement de la pulpe de ses doigts reste une douceur inespérée que seuls les dieux connaissent. Blanche comme une biche, elle peut se dissimuler au clair de lune derrière les vagues de lierre et les sculpturaux chênes. Un ange si féminin. Son regard est aussi dur que celui d’un basilic, un croisement et la sensation de frissonnement refait surface. Que peut-il comprendre à l’amour ? Lui, abandonné par tous, même par l’ombre. Aucun espoir ne lui reste, il se convertit à la manière de Pandore. Les vagues, après les âges, lui remontent le long des bras et l’embrassent comme pour le protéger. Il aurait voulu l’être, bien avant cela, aujourd'hui la protection ne lui sera plus utile. Protection, détention. Au final, quelle différence ? Des bras qui vous encerclent ne lui seront d’aucune utilité. Ce havre gris aspire toute joie et ne laisse plus que l’amertume du malheur. Les boucles blondes de l’ange ne luisent plus au soleil. La lumière disparaît, étouffée par ces traits. Seule la blanche lune fait resurgir le creux de ses joues, et les courbes violentes de ces draperies. Noir comme la nuit, gris comme la pierre, blanc comme la neige. Vivant dans un monde où toute couleur disparaît. Amertume, malheur et désespoir sont ici les maîtres mots. Etat de solitude, à jamais. La nature reprend le dessus, toujours dominante. La vie humaine ne peut lutter contre la nature. Elle se laisse toujours ensevelir. Qui peut la combattre ? Pas même les dieux le peuvent. Il aura toujours cru pouvoir trouver une échappatoire derrière ces branches, mais elles n’auront été que le fruit d’une si mûre trahison. Elles vous encerclent, petit à petit, jusqu’à l’étouffement complet et irrévocable. La flamme est vite soufflée, les étincelles disparaissent sous le vent criant. Il siffle entre les doigts crochus comme pour annoncer une apocalypse proche. S’il avait pu penser que tout se finirait comme cela, aurait-il agi différemment ? Peut-être aurait-il pris le temps de prendre conscience du monde qui l’entoure. Gris. Vert. La nature ne lui doit aucun respect. Les racines s’écroulent sous ses pas, les feuilles craquent où se posent ses pieds. Au fond de cette clairière vide de sens le chant s’éteint pour laisser place à un lourd silence, presque assourdissant. Les chemins se mêlent comme dans un labyrinthe, il n’y a plus d’issue à cette situation. Il aurait dû le savoir. Elle ne laisse aucun répit à qui la trompe. Son visage apparaît entre les branches libres d’automne, entre les feuilles sèches. Il ne peut plus se relever, comme enseveli. Il est recouvert par ces vagues interminables et reste là, impassible. Personne n’est là pour le relever, pas même cet ange gris qui l’a aussi abandonné. Qu’a-t-il pu faire pour le mériter ? Ce lourd secret restera à jamais au fond de ces entrailles. Il n’y avait finalement qu’une seule solution pour dissiper ce flou lourd et épais. Rester là, allongé au milieu des feuilles rougies, le regard tourné vers le ciel et les nuages noirs d’orage qui s’approchent à grand pas. Rien ne pourra désormais l’aider, il est condamné, comme enfermé entre ces murs. Vivant dans son propre enfer, comme s’il l’avait créé, il y finira les dernières secondes d’espoir qui lui restent. Désormais, devant le gris l’entourant, le sommeil lui paraît étrangement agréable. Il persiste et s’endort dans son lit noir. La flamme est vite soufflée, l’adieu aura été trop bref. Les yeux se ferment pour la dernière fois devant les griffes de l’ange gris qui le scrute avant de se retirer. Il restera là, à jamais, dans l’obscurité et les ténèbres, mort comme les feuilles qui l’encerclent.

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